Je reprends où je m'étais arrêté: je ne sais pas trop pourquoi Overblog m'a restreint sur le précédent article, alors qu'il me laisse
mettre la totale dans celui ci, aller comprendre..., mais du coup, suite et fin:
Bien évidemment ce moyen de locomotion (je parle toujours du Tap-tap, vous suivez?) est
fortement déconseillé voire carrément formellement interdit par presque toutes les institutions du genre ONG, ambassade, Nations Unies… Pour des raisons de sécurité des personnes, ce qui n’est
pas fondé, et aussi pour des raisons de sécurité routières, et là par contre, il y a quelques fondements évidents !
Néanmoins, j’ai toujours pensé que la meilleurs façon de découvrir vraiment un pays, c’était
de commencer par utiliser, entre autres, les mêmes transports que ces habitants. Quel que soit le pays, prenez les transports en commun, les bus, les trains, les bateaux, les métros, les
brouettes que sais je encore. Voilà un moyen simple de vous retrouver plongés en immersion, comme on dit, dans la réalité du quotidien, le petit théâtre de la vie.
Bref, comment ca fonctionne un tap-tap ? Comme nos bus, ils ont plus ou moins des
lignes et des directions. Il y a les grandes lignes pour les gros tap-tap (PaP-Les Cayes, PaP-Jacmel, PaP-Gonaives, oui vous l’aurez compris tout vient toujours de Port au Prince), et il y a les
lignes secondaires pour les tap-tap camionnettes (Miragoane-Les Cayes par exemple). Dans les villes mêmes, pas de tap-tap, à part pour Port au Prince qui bénéficie de lignes intérieures, mais
aussi de taxis collectifs.
.
Deux possibilités pour embarquer dans un tap-tap : soit vous êtes sur la route et vous
faites signe au tap-tap qui passe, de s’arrêter, soit vous êtes dans une ville « terminus », et dans ce cas il faut se rendre à la gare routière. Les gares routières….Il s’agit
seulement d’un endroit identifié comme tel, généralement à un carrefour stratégique. Reconnaissable parce que le long de le route sont garés de nombreux tap tap attendant d’être chargés pour
partir. Généralement situés dans des quartiers populaires (autrement appelé zone rouge par l’ONU & Co), lieu de transit et donc de commerces en tout genre, fourmillant de monde, regorgeant
d’activités, de musique, d’animation et aussi de saletés… On ne saurait compter ici le nombre de petits marchands, de boissons, de bananes, de gâteaux, de bonbons, chewing gum, etc… qui montent
et s’accrochent au tap-tap pour vendre leurs marchandises aux passagers.
Les prix des trajets sont déjà fixés. Et contrairement à ce que certains préjugés pourraient
nous faire croire, quand le blanc se pointe, il n’y a pas écrit « arnaquons-le » sur le front. Vous n’avez pas besoin de négocier, le tarif est le même pour tout le monde, et on m’a
déjà rappelé parce que j’avais donné trop d’argent ou oublié de récupérer ma monnaie.
Ensuite pour demander l’arrêt, 3 possibilités : taper deux fois sur la carrosserie,
crier « mesi chaufè » (= merci chauffeur), ou encore sonner, pour les tap tap qui sont équipés d’une sonnette reliée à la cabine du chauffeur.
Evidemment dit comme ça, ça parait simple. Mais la première fois que j’ai eu à prendre un
tap tap toute seule comme une grande, alors que je n’avais que quelques semaines d’ancienneté ici, je ne faisais pas ma maline. Je n’étais pas tout à fait rassurée si on peut dire. A ce moment
là, je regrettais un peu de ne pas pouvoir trouver des fiches horaires, des plans de ligne, ou des panneaux indicateurs… J’avais un peu peur de me paumer quoi.
Et pourtant ca ne m’est jamais arrivé ? Pourquoi ? Comment ? me direz vous.
Non ce n’est pas grâce à mon formidable sens de l’orientation ou à ma compréhension innée de ce monde !
J’ai réussi grâce aux Autres, aux gens inconnus dans la rue, ceux qu’on n’ose pas aborder,
ceux qui vous envoient balader à Paris quand vous leur prenez deux secondes de leur précieux temps pour demander un renseignement.
En Haiti, on parle souvent, et à raison, de l’accueil et de la gentillesse de la population.
Alors quand je me retrouvais perdue, ne sachant où se cachait le bon tap-tap qui m’emmènerait à destination, hé bien, je demandais ! Les quelques rudiments de créole que je connaissais à mes
débuts me suffisait à me faire comprendre. Et je n’avais pas besoin d’alpaguer 15 personnes avant d’avoir ma réponse. La première qui passe fait l’affaire. Mais mieux, bien souvent, que de
simples explications, on me prenait gentiment par la main, on prenait le temps de m’accompagner jusqu’à la bonne station, on me trouvait une place dans le tap-tap, on me recommandait auprès du
chauffeur…
Evidemment, le tap-tap n’est pas l’idéal pour se déplacer en toute tranquillité ou arriver à
l’heure : vous n’êtes jamais sur d’en trouver un, vous pouvez parfois attendre longtemps au bord de la route, les pannes, vue la vétusté des véhicules sont monnaies courantes, et les arrêts
sont fréquents : Passager champion du monde pour crier « mèsi chofè » , alors que l’on vient à peine de redémarrer ! Mais non 10 mètres, c’est 10 mètres !!!…
Le tap tap a aussi ceci de particulier, qu’il y a toujours de la place !!
Imaginez : vous êtes sur le bord de la route, un tap-tap arrivé, vous agitez votre
petite main, il s’arrête. Vous le regardez alors avec vos yeux d’occidentaux, et immanquablement vous vous dites : « il est plein, je prendrai le suivant. ». Hé bien non ! Il
y a toujours une bonne âme qui prendra le petit blanc par la main et réussira à l’installer presque confortablement.
Vient l’arrêt suivant : plusieurs personnes veulent également monter. Le blanc se dit,
non non non, là ce n’est vraiment plus possible de prendre des passagers supplémentaires….Ha pauvre petit blanc qui n’a pas la foi….le principe même du tap tap est qu’il y a toujours de la
place !! Quand il y en a pour 15, il y en a pour 16, et encore pour 17 : debout à l’arrière, accroché d’une seule main à la carrosserie du toit, assis sur les genoux de parfaits
inconnus, à genoux, pliés en 4… (Fans d’Harry Potter, je soupçonne le tap-tap d’être de la même famille que le magico bus).
Bien sûr, en plus des passagers, n’oubliez pas leurs bagages hétéroclites et parfois
quelques peu encombrants : on peut transporter tout ce que tu désires : poules et coq (Oui, vivants bien sur, qui a posé cette question idiote ?), sac et cartons de marchandises
diverses et variées qu’on va vendre au marché (balais, viande, vêtements, fruits, légumes), mais aussi trompettes, synthétiseur, tambours, et autres instruments de musiques quand le fanfare doit
se déplacer, des portes, des grilles, des matelas….. Et personne ne se plaint, on vous aide à monter, à descendre, à porter vos bagages… Il est donc possible de se retrouver aussi serré, voire
plus, que dans le métro parisien, et de voir pourtant autour de soi des gens aimables, rieurs, sympathiques et ouverts à la discussion !
C’est ça qui est formidable dans le tap-tap, c’est ça qui fait tout son charme, c’est que
presque chaque déplacement est l’occasion de faire des rencontres, de faire un brin de causette, de participer à un débat survolté sur l’actualité du moment, de découvrir encore et toujours un
peu plus la quotidien des haïtiens. Evidemment une petite blanche dans un tap-tap (comment ça elle n’a pas un gros 4*4 climatisé ?) suscite quelques fois un peu la surprise, provoque souvent
la curiosité et la discussion (et si en plus tu te mets à parler créole, c’est le pompon !!)
J’ai un souvenir assez inoubliable de mon premier trajet dans un des gros tap-tap qui assure
la liaison PaP-Les Cayes, il y a de ça plus d’un an. Retour dans le temps donc :
A cette époque, autant je commençais à être habituée à prendre les tap-tap qui font les
petites liaisons, autant je n’avais encore jamais fait le trajet PaP-Aquin dans ces gros tap-tap qui ne manquaient pas d’attirer ma curiosité.
Première étape : Se rendre jusqu’à la grande station de Portail Léogane d’où partent
tous les bus pour le Sud, en plein milieu d’un marché effervescent et coloré. Je chope un taxi et lui explique sur le chemin que je ne sais pas exactement où se situent les bus pour les Cayes à
la station. Il me dépose donc juste en face en me montrant bien quel tap-tap précis je dois prendre.
Avant de monter dans le dit bus, je demande quand même confirmation que celui ci parte bien
pour les Cayes : Ni une, ni deux, sans que je n’ai rien demandé d’autre au type qu’une confirmation, il m’entraine à l’intérieur, me trouve une place, va voir le chauffeur pour lui dire que
je m’arrête à Aquin, et me confie et me recommande à mon voisin de siège qu’il ne connait pas plus que moi. Une espèce de baraque aux pectoraux impressionnants moulés dans un marcel blanc, aux
bras de bodybuilders, avec un petit bonnet noir sur la tête qui lui donne des faux airs de Léon (Léon, Jean Réno, dans le film du même nom).
A l’intérieur, ambiance : musique à vous faire vibrer les tympans, des vendeurs de
partout et de n’importe quoi (lessive, boisson, bonbon, pain, lampe de poches, savons, bananes…) qui crient haut et fort pour vendre leurs marchandises, des passagers chargés comme des mules qui
s’installent tant bien que mal, un « placeur » qui est chargé d’installer les gens, c’est-à-dire les entasser à trois avec tous leurs bagages, sur des banquette en bois prévues pour
deux, et de récolter l’argent.
J’ai besoin de pain, je fais donc signe au vendeur et lui donne l’argent qu’il me demande...
Mais apparemment ce n’est pas de l’avis de mon Léon, mon « bodyguard », qui a l’air de prendre très au sérieux le rôle de baby-sitter qu’on lui a confié….il considère que j’ai payé 10
gourdes de trop et le fait savoir au vendeur qui finalement me rendra 10gdes !!
Enfin, après une bonne heure à attendre que le tap-tap soit chargé au taquet, c’est le
départ….Ha, non, stop : 3 charmantes demoiselles voudraient bien s’acheter à manger avant de partir…Bon, et bien d’accord, 300 mètres plus loin, on stoppe pour que mesdemoiselles aillent se
chercher à manger !!
Dès que nous commençons à rouler, un charmant et volubile bonimenteur, un camelot de foire,
attaque son numéro de vente ! Et il est impressionnant ! Faisant fit des secousses et des longs coups de klaxons stridents du chauffeur (coups de klaxons qui signifient, poussez vous
j’arrive, vite et comme un fou, faites place !), il nous présente sa marchandise, nous déroule ses arguments pour nous convaincre, et assure le spectacle !
Tout y passe : les antibiotiques, les crèmes miracles, les pastilles à
sucer, les savons en tout genre, les parfums, les dentifrices, les lampes de poche. Et il ne manque pas de bagout ni d’arguments chocs, tous plus incroyables les uns que les autres….un vrai show
man
Un truc du genre « Mesdames et messieurs, cet antibiotique appelé tétracycline est
formidable !! Écoutez bien, je vous fais la plaquette à 50 gourdes, 50 gourdes seulement, pour soigner les infections du cerveau (infections du cerveau qui s’attrapent à cause de la
poussière, si je vous jure, c’est lui qui l’a dit…), les infections vaginales, toutes les douleurs, les maux de tête, les maux de ventre ! 50 gourdes seulement ! Si vous me prenez la
boite entière, soit 4 plaquettes, c’est 150 gourdes, soit une plaquette d’offerte. Mesdames et messieurs n’hésitez pas, cet antibiotique vous sera utile, vous en aurez toujours besoin à la
maison ! Pas d’effets secondaires, efficacité garantie ! Et si vous mourrez quand même, c’est que c’était une autre maladie… »
Incroyable !!! Alors évidemment, tout ce qu’il prétend est faux, mais les gens
achètent, les plaquettes circulent dans le bus, les gourdes sortent des porte monnaie…..
Le summum est atteint quand pour vendre un savon spécial hygiène intime, il se met à
prodiguer des conseils sur la façon de faire sa toilette intime, sur comment éviter les infections vaginales, et qu’il recommande aux femmes de ne pas avaler le sperme pour ne pas attraper des
infections des amygdales….Oui monsieur, farpaitement !!
Mais monsieur a aussi du savon à la carotte, adapté à toutes les types de peau, et il
n’hésite pas à faire passer les savonnettes, pour que tous puissent se rendre compte à quel point elles sentent bon.
En bon marchand, il a aussi repéré la petit blanche au milieu de ce bus, qui le regarde les
yeux écarquillées et avec un grand sourire (la petite blanche malgré toutes les énormités qu’elle entend, est devenu fan du marchand). Et donc, quand il essaie de vendre des comprimés
multivitaminés qui t’apportent toutes les vitamines de chaque fruit, il lui fait lire la notice.
Et puis, ces pastilles au goût de cola : « Idéal pour vos enfants madame, et
idéal pour vous monsieur : juste avant d’embrasser une jeune fille, une petite pastille pour avoir bonne haleine !! »
Et ces savons au citron : « Sentez comme ils sentent bon !! Vous en
achetez deux, le troisième offert, idéal à offrir en cadeau messieurs, madame sera enchantée !!! »
Et ces parfums ?? « Si vous m’achetez un parfum avec un tube de dentifrice, je
vous fais le tout pour 30 au lieu de 50 !!! »
Une heure et demi durant, c’est festival !! Et le stock s’écoule…..Moi j’ai envie de
l’applaudir tellement je trouve son numéro au point ! Du grand art, il vendrait une lampe torche à un aveugle !
Et puis, vient la montée de Miragoane, et là c’est la panne !! Personne ne s’en étonne
vraiment, on descend du bus, ca papote, ça regarde le chauffeur se glisser sous le bus en espérant qu’il va se débrouiller, pas d’impatience ou d’énervement. Certains pessimistes commencent quand
même à avancer à pieds ou essayent de trouver un autre moyen de transport. On les récupérera au fur et à mesure sur le chemin, après finalement avoir redémarré.
A Miragoane, petite pause, le temps qu’une volée de marchands nous assaille à travers les
fenêtres :
Les boissons: “ Cola, Fiesta, Sprite, Ragaman, Tauro, Tampico, dlo, seven
up!! Cola, Fiesta, Sprite, Ragaman, Tauro, Tampico, dlo, seven up!!! Cola….”
La nourriture: “Banann, banann, banann“ “kann, kann, kann,
kannn“ (bananes pesées, canne à sucre)
Et après le bonimenteur, c’est le marchand de Douce Macos (spécialité de Petit Goave, sorte
de caramel mou) qui vient nous distraire en posant des devinettes pour vendre sa marchandise.
Et puis finalement, on a fini par arriver à Aquin. J’étais si enthousiasmée par ce trajet,
que la première chose que j’ai faite en rentrant chez moi, c’est de vite prendre des notes pour ne rien oublier !
Depuis j’ai découvert, et testé récemment, ce qu’on pourrait appeler des tap-tap de
luxe : beaucoup moins drôles, deux fois plus chers, mais beaucoup moins dangereux, plus organisés et plus confortables. Ce sont des bus au sens où on l’entend vraiment
chez nous. Comme leurs « cousins bariolés » ils portent des noms tels que « I like Jésus » mais ne sont pas décorés. Par contre ils sont climatisés, ont des
vrais horaires de départ fixes, vous avez votre place rien qu’à vous dans une banquette rien qu’à vous, et vous pouvez même réserver vos places à l’avance !
FIN!!!